Et si accompagner une personne âgée ne consistait pas seulement à faire à sa place, mais aussi à lui permettre de continuer à faire par elle-même ?

Alors que le maintien à domicile constitue une aspiration forte pour de nombreuses personnes âgées, cette question invite à repenser nos pratiques d’accompagnement. Dans une tribune publiée le 7 juillet 2026, Sandrine Collin, directrice du réseau d’aide à domicile France Présence et Les Bienveillants, et Shirley Trouville, formatrice et responsable du pôle domicile Montessori, s’intéressent à la manière dont l’approche Montessori peut faire évoluer notre regard sur le vieillissement.

Changer de regard sur les capacités

La méthode Montessori est généralement associée à l’éducation des enfants. Pourtant, ses principes reposent avant tout sur une idée fondamentale : partir des capacités de la personne plutôt que de ses difficultés.

Cette approche trouve aujourd’hui des applications dans l’accompagnement des personnes âgées, notamment celles qui vivent avec des troubles cognitifs.

Les travaux du psychologue et chercheur américain Cameron Camp ont notamment contribué à adapter les principes Montessori à l’accompagnement des personnes âgées présentant des troubles cognitifs. Ils mettent en avant l’importance des capacités qui peuvent rester mobilisables, notamment celles liées aux gestes, à l’action et aux habitudes de vie.

Même lorsque certaines capacités diminuent, il reste souvent des choses que la personne peut faire, choisir, décider ou transmettre.

C’est à partir de ces capacités restantes que l’accompagnement peut être construit.

À domicile, aider sans déposséder

Le maintien à domicile ne consiste pas uniquement à permettre à une personne de rester dans son logement. Il s’agit aussi de lui permettre d’y conserver ses habitudes, ses repères et son rôle.

Préparer un repas, arroser ses plantes, plier du linge ou mettre la table peuvent sembler être de simples tâches du quotidien. Pourtant, ces gestes peuvent avoir une véritable importance pour la personne : ils participent à son sentiment d’utilité, à son autonomie et à son identité.

Lorsque l’aide à domicile réalise systématiquement ces tâches à sa place, avec la volonté de la soulager, elle peut parfois la priver involontairement d’une partie de ce qui structure encore son quotidien.

L’enjeu n’est donc pas de faire moins pour la personne, mais de faire différemment avec elle.

Faire avec plutôt que faire à la place

Cette approche implique une évolution de la posture des professionnels à domicile.

Un accompagnement inspiré de Montessori peut par exemple conduire un auxiliaire de vie à faire participer la personne aux différentes étapes d’un repas, plutôt que de préparer celui-ci entièrement à sa place. Faire les courses ensemble, choisir les ingrédients, préparer une salade ou dresser la table deviennent alors autant d’occasions de maintenir une capacité d’agir.

Cette logique demande d’observer, de s’adapter et de respecter le rythme de chacun.

Elle suppose également de trouver le juste équilibre entre les attentes des proches et les souhaits de la personne accompagnée. Lorsqu’une personne refuse une aide ou une intervention, la réponse ne consiste pas nécessairement à imposer, mais à comprendre les raisons de ce refus et à rechercher une solution respectueuse de ses habitudes, de son confort et de son consentement.

Le rôle essentiel des professionnels du domicile

Cette évolution des pratiques repose notamment sur la formation des professionnels.

L’auxiliaire de vie devient alors un véritable facilitateur : il observe les capacités de la personne, adapte son accompagnement et cherche les conditions qui lui permettront de rester actrice de son quotidien.

Cette posture peut également contribuer à renforcer le dialogue avec les familles et les aidants, en leur permettant de mieux comprendre pourquoi préserver certains gestes ou certaines habitudes peut être aussi important que d’assurer les tâches du quotidien.

Pour France Présence, cette réflexion rejoint une conviction essentielle : un accompagnement de qualité doit prendre en compte la personne dans sa globalité, ses besoins mais aussi ses envies, ses habitudes et ses capacités.

Une autre manière de penser le vieillissement

L’approche Montessori appliquée au vieillissement ouvre ainsi une réflexion plus large sur la place que nous accordons aux personnes âgées dans leur propre vie.

Vieillir à domicile ne devrait pas signifier renoncer progressivement à agir, choisir ou participer.

À travers des gestes parfois très simples, les professionnels peuvent contribuer à préserver le sentiment d’utilité, l’autonomie et la dignité des personnes accompagnées.

Cette évolution nécessite de continuer à faire évoluer les pratiques, à former les professionnels et à faire dialoguer les familles, les intervenants et les personnes accompagnées.

Car derrière chaque situation de fragilité, il existe encore des capacités à mobiliser. Et parfois, accompagner autrement commence simplement par prendre le temps de les regarder.

Une réflexion portée par Sandrine Collin et Shirley Trouville

Cette réflexion est développée dans une tribune co-signée par Sandrine Collin, directrice du réseau France Présence et Les Bienveillants, et Shirley Trouville, formatrice et responsable du pôle domicile Montessori.

👉 Lire la tribune complète sur Directions.fr : « Et si Montessori changeait notre manière d’accompagner la vieillesse ? » Lire la tribune sur Directions.fr